Articlophile RP · Vol. 3 - Pluies records, État à l’épreuve

Rédigé le 13/02/2026
Le Bulletin

Cette semaine, le Maroc jongle avec intempéries historiques, réforme sociale et rayonnement diplomatique renforcé. Vous trouverez ici un tour d’horizon de ce que racontent les journaux et sites d’info : gestion des inondations et soutien aux sinistrés, débat sur le Code du travail, boom du e-commerce, offensive logistique vers le Sahel, visas Schengen et image du Royaume aux États-Unis. De quoi nourrir nos questions sur la résilience du pays, son modèle social et sa place dans les équilibres régionaux.



À la une : Intempéries, aide d’urgence et question de modèle

Programme d’aide d’urgence pour les sinistrés (MAP / Assahra almaghribia)

À la suite des pluies d’**intensité exceptionnelle** qui ont frappé notamment le Gharb et le Loukkos, le Roi Mohammed VI a donné ses instructions pour un vaste programme d’aide et de soutien aux familles sinistrées, avec mesures réglementaires spécifiques en cas d’“événement catastrophique”. Le Chef du gouvernement a d’ailleurs officiellement classé les intempéries de ces deux derniers mois comme événement catastrophique et déclaré quatre provinces – Larache, Kénitra, Sidi Kacem, Sidi Slimane – zones sinistrées, ouvrant la voie à des mécanismes d’indemnisation et de mobilisation renforcée de l’État.

Sur le terrain, les autorités mettent en avant la réactivité : évacuations anticipées à Ksar El Kébir, gestion maîtrisée des lâchers d’eau, surveillance continue des barrages, infrastructures jugées robustes face à un épisode “d’ampleur exceptionnelle”. Mais derrière la communication de crise, une question centrale s’impose : l’aménagement du territoire, les normes techniques et la gouvernance locale sont-ils adaptés à un climat où les pluies se concentrent désormais en épisodes courts et violents ? L’enjeu n’est plus seulement de réparer après coup, mais de préparer les villes, les zones basses et les réseaux logistiques à une récurrence possible de ce type d’événement. Pour les prochains mois, ce dossier sera un test de la capacité de l’État à passer de la gestion d’urgence à une politique de résilience climatique assumée.


L’essentiel de la semaine

- Intempéries : aide et statut de “catastrophe” (MAP / Le360 / Rue20) — presse marocaine — Le gouvernement active un programme d’aide pour les foyers touchés et classe les zones les plus touchées en zones sinistrées, avec un cadre d’exception pour la gestion des dégâts.

- Code du travail en chantier (Assahra almaghribia) — presse marocaine — Le ministère de l’Emploi annonce une réforme visant un cadre “moderne et efficace”, conciliant compétitivité économique, normes internationales et protection des droits des travailleurs.

- SMIG “le plus élevé d’Afrique” (Al Ahdath almaghribia) — presse marocaine — Selon le cabinet américain Vanguard, le Maroc arrive en tête des pays africains pour le salaire minimum avec 374 dollars par mois, porté par la croissance et la hausse graduelle des salaires.

- Pluies records et réserves d’eau (Al Ahdath almaghribia / Al Alam) — presse marocaine — Les précipitations ont atteint 150 mm depuis septembre, soit +35% par rapport à la moyenne des années 1990, avec des apports d’eau estimés jusqu’à plus de 12 milliards de m³ dans les barrages depuis septembre 2025.

- E-commerce : marché en hausse lente mais continue (L’Opinion) — presse marocaine — Le marché B2C marocain pourrait atteindre 3,17 milliards de dollars en 2025 et 3,51 milliards à l’horizon 2029, avec une croissance moyenne estimée à 2,6% par an.

- Transport et diplomatie logistique (Al Alam) — presse marocaine — Le ministre des Transports met en avant une “dynamique remarquable” du secteur et l’initiative atlantique comme levier de connexion avec les pays du Sahel, au cœur d’une stratégie sud-sud élargie.

- Visas Schengen : les Marocains en haut du tableau (Al Ittihad alichtiraki) — presse marocaine — En 2025, les Marocains sont les deuxièmes bénéficiaires mondiaux de visas Schengen délivrés par la France, avec plus de 300 000 visas, soit une progression d’environ 20% par rapport à 2024.

- Mer agitée et trafic suspendu (Le Site Info) — presse numérique — La tempête “Nils” a entraîné la suspension des liaisons maritimes Tarifa–Tanger pour au moins deux jours, illustrant la vulnérabilité des flux transfrontaliers aux aléas climatiques.


Chiffre / Citation

« Les apports en eau dans les barrages depuis septembre 2025 ont atteint 12,17 milliards de mètres cubes, soit une hausse de 134% par rapport à la moyenne. » — Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau.


À retenir / Décryptage

Au-delà des images d’inondations, l’enjeu se déplace vers le Nexus eau–énergie–alimentation, désormais au cœur d’une étude prospective nationale pilotée par le HCP à l’horizon 2040. Ce cadre oblige à penser ensemble stress hydrique, transition énergétique et sécurité alimentaire, dans un contexte de croissance démographique et de dérèglement climatique. Pour le débat public, c’est une invitation à lier les “petites phrases” sur le prix des denrées, les coupures d’eau ou les inondations à une même politique de long terme : comment on consomme, produit et sécurise les ressources, et qui en paie le coût.


Outil / Lien utile

Nexus Eau–Énergie–Alimentation au Maroc [https://www.hcp.ma] — Permet de suivre les travaux du Haut-Commissariat au Plan sur les scénarios 2040, utile pour contextualiser les débats sur climat, agriculture, énergie et aménagement du territoire.



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