Au Maroc, une cavale mafieuse qui se transforme en casse-tête judiciaire

Rédigé le 09/02/2026
Le Bulletin


L’arrestation de Patrizio Forniti au Maroc, à l’automne 2025, a mis fin à plus d’un an de cavale mais n’a pas pour autant clos son dossier. Ce membre influent du clan mafieux d’Aprilia, au sud de Rome, a été interpellé à Casablanca par la gendarmerie royale alors qu’il vivait discrètement avec son épouse, Monica Montenero, à Dar Bouazza, muni de faux passeports suisses. Si, côté italien, l’opération a été présentée comme le succès d’une coopération policière internationale, les autorités marocaines, fidèles à leur habitude, n’ont diffusé aucune communication officielle.  

À Rome, le cas Forniti s’inscrit dans le prolongement de l’enquête « Assedio », qui a mis au jour un système de type mafieux mêlant extorsion, intimidation, contrôle d’activités économiques locales et interférences politiques. Patron décrit comme le « chef des chefs » du clan d’Aprilia, Forniti a déjà été condamné en première instance pour extorsion mafieuse tout en continuant, selon les enquêteurs, à diriger son réseau malgré son assignation à résidence. Sa disparition avait coïncidé avec le durcissement de la pression judiciaire et l’affaiblissement de son dispositif local, le poussant à chercher refuge à l’étranger.  

Le choix du Maroc ne doit rien au hasard. Le pays ne fait pas partie de l’Union européenne et fonctionne avec l’Italie sur la base d’accords bilatéraux dépourvus d’automaticité en matière judiciaire, ce qui offre un environnement plus souple à ceux qui cherchent à échapper aux mandats européens. Selon des sources concordantes, Forniti ne se serait cependant pas contenté d’y vivre caché : il est soupçonné d’y avoir commis plusieurs infractions, allant du trafic de stupéfiants à la prostitution, en passant par l’usage de faux documents. Deux complices présumés auraient également été arrêtés et incarcérés au Maroc, même si peu d’informations ont filtré sur leur identité.  

Après leur interpellation, Forniti et son épouse ont été placés en détention à la prison civile d’Aïn Sebaâ, à Casablanca, tandis que leurs supposés complices auraient été transférés vers un établissement pénitentiaire près de Salé. Dans ce type de dossiers, le rôle des mécanismes de coopération internationale consiste surtout à faciliter les échanges d’informations et la localisation des fugitifs, mais la décision d’arrêter, de poursuivre ou d’extrader relève entièrement de la souveraineté marocaine.  

L’enjeu se situe désormais sur le terrain juridique. Le Maroc et l’Italie sont liés par un cadre bilatéral permettant l’entraide judiciaire et l’extradition, mais chaque demande doit être examinée au cas par cas. La haute juridiction marocaine doit d’abord se prononcer sur la recevabilité de l’extradition, avant qu’une éventuelle décision soit formalisée au niveau exécutif. Si les faits commis sur le sol marocain sont retenus et jugés prioritaires, Rabat peut décider de juger d’abord Forniti pour les infractions locales, reportant ainsi son éventuel transfert vers l’Italie à l’issue de l’ensemble des procédures.  

Dans cette équation, Rome plaide pour un retour rapide de son ressortissant afin de solder un dossier lourd de symbolique dans la lutte contre la criminalité organisée, tandis que Rabat entend faire valoir sa compétence territoriale et la gravité des faits présumés commis au Maroc. Pour les autorités italiennes, l’arrestation à Casablanca apparaît comme l’épilogue d’une cavale. Pour le Maroc, elle marque le début d’un dossier sensible où se croisent enjeux de souveraineté, coopération internationale et gestion de la criminalité transnationale.